/ PORTRAIT
CORINNE CAVALLIN (IFM/MANAGEMENT 1988)
Une femme de mode à la tête des accessoires de Louis Vuitton.



Corinne Cavallin dirige les accessoires chez Louis Vuitton depuis deux ans et demi. Une mission qu’elle résume ainsi : « Je dois imaginer un produit qui justifie le déplacement, faire en sorte que le produit « accessoire » devienne attractif au lieu d’être un objet de « vente additionnelle » par rapport à la maroquinerie ». En tant que Directeur Lunettes et Accessoires (son titre exact), elle définit le style des produits, leur communication, le visual merchandising… Ses responsabilités englobent la gestion de la valeur ajoutée et la profitabilité de chacun des produits, à savoir les lunettes mais aussi les ceintures, les bijoux fantaisie, les porte-clés, gants et chapeaux, foulards et cravates.

Le cœur de métier de Corinne est de construire des parts de marché en accompagnant les équipes créatives dont elle utilise le talent avec un objectif commercial bien défini. Elle conçoit les plans de positionnement de 1 à 3 ans ; ses équipes rédigent les briefs et suivent le développement des produits. Il s’agit d’une fonction stratégique au service du développement de la marque dans un domaine en forte croissance. Depuis que Corinne Cavallin a créé ce poste, le secteur des accessoires a vu son CA multiplié par 2, désormais en deuxième place après la maroquinerie et avant les souliers. « En 2010, on vendra autant de foulards qu’Hermès ! », dit-elle en s’étonnant elle-même de ce succès.

La mission est d’autant plus complexe qu’il faut respecter l’identité de la marque, avant tout ancrée dans la maroquinerie. « La marge doit être au moins aussi grande que celle de la maroquinerie, sinon j’ai un problème de légitimité ».

Corinne était entrée chez Louis Vuitton il y a 6 ans, au prêt-à-porter féminin, après avoir été directrice du merchandising pour le prêt-à-porter féminin et les souliers chez Yves Saint Laurent, à l’époque de Tom Ford. Encore auparavant, elle avait été chef de produit chez Céline (au prêt-à-porter féminin, aux côtés de Michael Kors). C’était en 1997. Le passage chez Céline fut un moment déterminant de sa carrière : « j’ai eu l’occasion de m’occuper du développement et de la création du produit. Tout était à faire ». Dès cette époque, Corinne acquiert une réputation de « fille de marketing sachant parler l’anglais », ce qui lui ouvrit beaucoup de portes par la suite.

Entrée chez Vuitton, Corinne a rapidement été désireuse de se rapprocher du cœur de métier de la maison, à savoir la maroquinerie. Elle réussit à créer et obtenir le poste de directeur des accessoires, inexistant jusqu’alors, après l’avoir suggéré à Pietro Beccari (DG adjoint Marketing et Communication). Auparavant, les accessoires étaient répartis au sein des différentes divisions produit.

Son expérience du produit de mode en fait la candidate idéale. Sa feuille de route est claire : « introduire plus de saisonnalité dans les accessoires Vuitton, plutôt pérennes par nature, et infuser une bonne dose de mode dans l’offre ». La fonction est d’autant plus séduisante pour Corinne qu’elle y voit le moyen de « construire une structure industrielle et de mettre en place des produits qui durent dans le cadre d’une organisation et d’une logistique sans faille».

Corinne Cavallin insiste sur la nécessité de « rester humble par rapport au succès du produit : « toute une partie du CA est une rente héritée du travail accumulé par l’entreprise. Ici, 80% du CA vous est donné par la marque, il s’agit de donner les 20% en plus ». A la tête des accessoires Vuitton, elle est entourée d’une dizaine de personnes, à raison d’une équipe par produit : textile, lunettes, ceintures, métal (bijoux fantaisie). Il s’agit pour elle, au quotidien, de faire exister la catégorie « accessoires » dans le réseau Louis Vuitton. « Un travail qui exige pas mal de diplomatie », explique-t-elle. Il lui faut convaincre la communication de bien servir ses produits, de travailler avec les architectes (intégrés à la maison Vuitton), sentir ce qui se passe dans les zones acheteuses en faisant régulièrement le tour du réseau, à raison d’un voyage tous les deux mois sur les principaux magasins du réseau (430 magasins dans le monde). Chaque marché réagit différemment et vit sa vie propre. La Chine, par exemple, est un marché particulièrement sensible aux ceintures.

L’enjeu majeur concerne les lunettes, qui n’existent que depuis trois ans, et qui représentent un des marchés les plus dynamiques au cours des années à venir. Une récente étude américaine prévoit qu’en 2010, la demande mondiale en lunettes devrait atteindre 3 milliards d’unités, soit trois fois plus qu’en 2000. Plusieurs facteurs justifient cette forte croissance : le vieillissement de la population, l’addiction des jeunes aux écrans, mais aussi le développement des activités de plein air qui créent de nouveaux besoins en termes d’équipement solaire, et les phénomènes de mode qui augmentent le nombre de « multiporteurs ».

Corinne Cavallin avait commencé sa carrière comme acheteuse au Bon Marché (prêt-à-porter masculin et féminin), à sa sortie de l’IFM en 1988. Ce que Corinne, auparavant diplômée de Sciences-Po Bordeaux, retient de ses études à l’IFM : « avoir appris comment on parle avec un industriel, un créatif, un financier m’a permis de comprendre comment on se crée des alliés dans une structure. Cette rencontre des cultures et des métiers différents fait le caractère unique de l’IFM ».

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