Pierre Bergé est venu parler sur "Mode et Société" mardi 3 novembre à l'IFM. Cet événement avait lieu dans le cadre des conférences publiques de l'IFM (avec cette année une partie du cycle de conférences organisé en partenariat avec la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent). Devant 150 personnes, le président et fondateur de l'IFM a livré sa vision personnelle de la mode, vision nourrie par plus de quarante ans aux côtés d'Yves Saint Laurent.
Pierre Bergé a souligné à quel point selon lui l'époque actuelle interpelle la mode, qui doit comprendre que les consommateurs et consommatrices ont acquis tout à la fois une liberté totale par rapport à tous les "diktats" de la mode et une conscience aiguë d'enjeux nouveaux comme l'écologie. "La Haute Couture est morte !", dit-il en regrettant que les grandes maisons de mode ne s'inspirent pas assez de la vie et ne dialoguent ni avec la rue, ni avec les femmes comme le font certaines marques populaires comme H&M ou Zara... "L'époque du créateur omniprésent est révolue depuis longtemps", dit-il.
"Si la mode ne sert qu'à habiller les femmes riches, c'est bien triste", disait Yves Saint Laurent, dont l'acte fondateur fut de créer la première boutique de prêt-à-porter, en 1966 au 21 rue de Tournon à Paris. Pour Pierre Bergé, Yves Saint Laurent est l'un des rares créateurs, avec Coco Chanel, à avoir su extirper la mode d'un pur "territoire esthétique" pour la faire entrer dans un "territoire social" : "Coco Chanel a libéré la femme, Yves Saint Laurent lui a donné le pouvoir".
"La mode, rappelle Pierre Bergé, est faite pour être portée" : elle doit être au service de la femme et non au service des fantasmes d'un créateur de mode s'amusant à créer "une veste à trois manches" ou un "pantalon à quatre jambes"... "La mode n'est pas un art, même s'il faut un artiste pour la créer".
Aujourd'hui, chacun est libre de choisir sa propre mode, les différences sociales se sont estompées, et la notion d'"art de vivre" n'a plus aucune réalité territoriale ("nous sommes dans une mode McDo partout, avec le même art de vivre partout"). Une évolution dont Pierre Bergé se réjouit, lui qui affirme que "la mode se conjugue au présent" et que "la mode n'existe que si c'est la vôtre". "Les gens vont en jean et en T-shirt à l'Opéra et c'est très bien ainsi", dit-il en prenant ses distances avec la notion d'"élégance" ("un mot qu'Yves Saint Laurent n'aimait pas, lui qui disait que "le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l'homme qu'elle aime").
Un message de liberté qui consiste fondamentalement à encourager tout le monde à "connaître" plutôt qu'à "reconnaître", à "créer" plutôt qu'à "conserver". D'où l'idée que "la création a besoin du marketing mais ne peut être dictée par lui", idée qui a été à l'origine de la création de l'IFM par Pierre Bergé en 1986, autrement dit l'idée d'une institution où les managers et les créateurs parviendraient à comprendre chacun le langage de l'autre, au lieu de "s'ignorer ou de se détester". "L'IFM fait partie des deux ou trois choses dont je suis fier", a indiqué Pierre Bergé. |